Ma vie c'est de la merde, et je vous emmerde sur un forum


Bien que la troisième considération inactuelle ne soit clairement pas du grand Nietzsche, je vous cite quand même un passage qui chatouille mon côté "aristocrate de l'esprit" (mon côté obscur ?), bien que je la trouve assez caricaturale et naïve dans son indignation :
On exècre ici toute éducation qui rend solitaire, qui pose des fins supérieures à l'argent et au gain et qui consomme beaucoup de temps ; on stigmatise ces variétés plus sérieuses de l'éducation en leur décernant les nom d'« égoïsme raffiné » et d'« épicurisme intellectuel et immoral ». Selon la moralité qui prévaut ici, c'est précisément le contraire qui est apprécié : une éducation rapide pour devenir bientôt un être qui gagne de l'argent, mais une éducation assez approfondie cependant pour en gagner beaucoup. On n'accorde à l'homme que juste ce qu'il faut de culture dans l'intérêt du profit général et du commerce mondial, mais c'est autant que l'on exige de lui.
F. Nietzsche, Schopenhauer éducateur, §6
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Je n'ai pas mon original papier avec moi, j'ai essayé comme j'ai pu de retranscrire la mise en page :
Dans une société où nous nous targuons d’avoir obtenu la première véritable égalité avec les hommes de l’histoire, le défilé des mêmes lèvres au rouge identique, des mêmes silhouettes amaigries à l’intragym, chairs sans tonus liposucées, des mêmes chignons d’où-l’on-laisse-joliment-glisser-quelques-mèches, des mêmes blondeurs factices et des mêmes brunes teintées au noir, laisse rêveuse. La femme s’est libérée ? Une heure peut-être dans l’histoire : l’heure qu’il lui a fallu pour s’habiller et se maquiller.
La liberté consiste pour nous à séduire. Les hommes ? Nous-mêmes ? Pourquoi ? Ces filles, toutes celles que j’ai vues pour l’instant sur l’esplanade, ont à peine la volonté de plaire. Elles ne regardent pas les hommes qui les regardent ; elles ne les voient même pas ! La séduction qu’elles exhibent est une séduction vide, mécanique. Une séduction qui, sur les rétines des hommes, allument une étincelle, c’est tout. N’espérez pas le feu derrière, aucune chance. C’est juste un réflexe d’érection qui ne viendra pas, parce qu’il ne répond du tac au tac qu’à un signal trop vu ou trop appris, qu’il aime qu’on active pour lui et auquel parfois il répond, comme on répond en mangeant à la cloche qui tinte « il est faim », même si l’on n’a pas faim, au fond...
Plus je les regarde, plus ce curieux sentiment devient net. On dirait que ce qui compte n’est pas vraiment de séduire, ni de rester jeune ou de le paraître, tant la lenteur lasse de leurs gestes montre déjà chez elles tout ce qui a vieilli. Non, ce qui compte, c’est que la quête reste idéale. Que cette beauté abstraite pour la ressemblance de laquelle nous remodelons nos corps, à nous rajouter des seins et des cils, à nous tordre les chairs pour en sortir la graisse, que cette beauté n’existe au fond... pas ! Ce qui compte ?
La discipline féroce qu’on s’impose et la jouissance secrète qu’on y puise.
Jouissance de subir l’attraction des top de synthèse, de mesurer chaque jour tout ce qui nous en sépare, et nos yeux, et nos nez, et nos fesses, et de chaque jour sentir l’écart se réduire, l’horizon s’approcher... Qui n’a rêvé pour sa vie d’un but simple et clair qu’on lui épargne l’angoisse de chercher ? La beauté...
Et avec ce but sont suggérés les moyens pour l’atteindre : les régimes, les crèmes, les attitudes et les accessoires... sur un fleuve de conseils et de magazines tout exprès. Et surtout : la chirurgie plastique, premier business de Cerclon... Je ne sais pas si nous sommes l’égal des hommes et si ça veut dire quelque chose. Ce que je sens, c’est la trivialité du rocher qu’on roule.
Alain Damasio, La Zone du Dehors
Dernière modification par brusicor02 (13/02/2012 00:04:31)
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Nietzsche en mode Blaise Pascal :
Nous savons que nous donnons précipitamment notre coeur à l'Etat, au gain, à la vie de société ou à la science simplement pour ne plus le posséder, tout comme nous nous assujettissons à une lourde tâche journalière avec plus d'ardeur et plus d'inconscience qu'il n'est besoin pour vivre, parce qu'il nous semble nécessaire de ne pas parvenir à la réflexion. La hâte est générale parce que chacun se fuit lui-même ; générale aussi, la dissimulation timide de cette hâte, parce que l'on veut paraître satisfait et que l'on aimerait donner le change sur sa misère aux observateurs plus perspicaces ; général, le besoin de nouveaux grelots de paroles qui, accrochés à la vie, lui donneront un peu d'une bruyante fête. Chacun connait ce bizarre état, quand surgissent soudain des souvenirs désagréables et que nous nous efforçons par des mouvements violents et des cris de les chasser de notre esprit : mais les mouvements et les cris de la vie universelle laissent deviner que nous nous trouvons tous et toujours dans un tel état, craignant le souvenir et l'intériorisation. Qu'est-ce donc qui nous harcèle si souvent, quel moustique nous empêche de dormir ? Les spectres rôdent autour de nous, chaque instant de la vie veut nous dire quelque chose, mais nous ne voulons pas entendre cette voix des esprits. Lorsque nous sommes seuls et silencieux, nous craignons que l'on ne nous souffle quelque chose à l'oreille, aussi haïssons-nous le silence et nous étourdissons-nous dans la vie de société.
F. Nietzsche, Schopenhauer éducateur, §5
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Mon original est toujours à Lyon, mais je ne résiste pas à vous remettre un extrait de ce livre (dont je ne peux qu'encourager la lecture) :
— Le pouvoir n’est pas une substance ou un fluide magique que le Président, qu'une classe ou un appareil d’État posséderait en propre, comme une chose. Personne ne peut vraiment dire ce qu'est le pouvoir en démocratie car le pouvoir est essentiellement... multiple... diffus, il s'exerce avant de se posséder... Mais il ne s’exerce que dans des rapports complexes et entrelacés, au sein d’un écheveau de lignes qui se coupent, se tissent ou se nouent étroitement : médias, religions, multiplanétaires... syndicats, groupes de pression... peuple... président même... Si vous cherchez Le Pouvoir, vous ne le trouverez jamais, parce qu’il est partout.
— Partout, oui, avec des densités et des concentrations si variables toutefois qu'il est possible de dégager des masses sombres, des pôles de condensation où le pouvoir gravite, spirale. Le cube où nous sommes est précisément une telle masse, non ?
— Le cube ? Savez-vous pourquoi il est le seul bâtiment non transparent de Cerclon ? Pour qu'on ne voie pas qu'il est vide. Les politiciens n’ont plus qu'un rôle véritablement sérieux à tenir aujourd'hui : masquer qu'ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu'elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement. D’aucuns s’attristent de voir les fonctions politiques accaparées par les comédiens. Nous devrions au contraire nous en réjouir : c’est une chance de pérennité pour le métier, une clause de survie.
Alain Damasio, La Zone du Dehors
Dernière modification par brusicor02 (13/02/2012 14:12:35)
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J’étais en Algérie, dans une maison adossée aux premiers contreforts de l’Atlas, d’où l’on voyait trente kilomètres de plaine et la ligne des collines qui bordent la mer, le Sahel, et cette chaîne de petites collines avait une couleur dont je voulais trouver l'adjectif, le mot. C'était un rose, un certain rose. Les couleurs ont des nuances, c'était un certain rose, mais ce rose, je ne pouvais pas le trouver. J'ai pensé que si ce rose m'intéressait... D'abord pourquoi voulais-je en parler ? Je n'ai pas pensé, j'ai senti que c'était un rose qui ressemblait un peu au rose des chevilles des femmes algériennes. C'est une des seules choses qu'on voie de leur peau. A Alger elles sont voilées comme ça. A Blida, c'était près de Blida, un seul oeil est visible. Il n'y a qu'un seul oeil découvert mais il est au fond du voile. On ne voit presque pas même cet oeil, mais on voit la cheville. Et alors il y avait ce rose. Il y avait aussi un côté fard. J'ai cherché cette couleur rose, un rose ardent, intense, un peu violet et j'avais fini par trouver des mots de couleur. Ça ne marchait pas. Rose cyclamen, non, non, rose polisson, coquin, à cause du fard, à cause du côté sensuel de la chose : ça n'allait pas. Je mets en fait, je dis que beaucoup de poètes se seraient arrêtés là. Ils auraient dit : polisson; ça marche. Je ne sais pas pourquoi ça ne marchait pas. Finalement j'ai trouvé un mot, il existe, je ne l'ai pas inventé, parce que c'est mon honneur de vouloir travailler justement avec cette mauvaise peinture, alors sacripant, un rose sacripant. C'est un mot qui n'est pas très rare en français, qui veut dire un peu polisson. Sacripant, c'est un personnage qui est un peu escroc, un peu voleur, un peu... pas très catholique, comme on dit. Sacripant. Le mot me plaît. Rose sacripant. Ça y est. J'étais sûr que je l'avais. Ça y était. Je suis allé au dictionnaire après. J'étais dans une petite maison en Algérie, dans la campagne, je n'avais pas de dictionnaire. Je laisse mon rose sacripant et je vais au dictionnaire plusieurs semaines plus tard. Sacripant: de Sacripante, personnage de l'Arioste, tout comme Rodomonte. Rodomonte, qui signifie, « rouge montagne » et qui était Roi d'Alger. Voilà la preuve. Quand on a ça, on est sûr. C'est une chose qui n'arrive pas toujours, mais je veux dire que le sentiment d'avoir le mot était justifié. Là je savais, je pouvais laisser comme ça, intuitivement. Il n'y a pas toujours des preuves comme ça, naturellement. Ça serait trop beau. Mais c'est une indication que j'ai eu raison d'attendre et de refuser des cyclamens et des polissons, des mots, des roses qui étaient presque bien, mais qui n'étaient pas « rouge montagne », « roi d'Alger », jusqu'à celui qui était évidemment « rouge montagne d'Algérie ».
Francis Ponge, Extrait de la Conférence à la Technische Hochschule de Stuttgart, le 12 juillet 1956.
Dernière modification par Astia (19/02/2012 14:32:01)
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Furius Camille avait donné tant de preuves de courage en délivrant Rome de l'oppression des Gaulois que tous les citoyens, sans croire s'abaisser ou se dégrader, lui cédaient la première place. Manlius Capitolinus fut le seul qui ne put supporter qu'on lui accordât tant d'honneurs. Il lui semblait qu'ayant sauvé le Capitole, il avait contribué autant au salut de Rome que Camille, et il ne se croyait point inférieur à lui en talents militaires. L'envie dont il était tourmenté ne lui laissait pas un moment de repos à l'aspect de la gloire de son rival ; mais voyant qu'il ne pouvait pas semer la discorde dans le Sénat, il se tourne du côté du peuple ; là, il répand les bruits les plus faux et les plus dangereux ; entre autres choses, il fait circuler que le trésor qu'on avait d'abord amassé pour se racheter des Gaulois ne leur avait réellement point été donné, et que quelques citoyens s'en étaient emparés ; et cependant la restitution de cet argent serait si avantageuse ! On pourrait le convertir en objets d'utilité publique ! ... Il servirait à alléger des impôts, ou à payer les dettes des plébéiens...
Ces discours firent tant d'impression sur le peuple qu'il commença à s'assembler et à exciter beaucoup de troubles dans la ville. Le Sénat, mécontent, indigné, crut la position et le moment assez périlleux pour créer un dictateur qui prît connaissance de ces faits et réprimât l'audace de Manlius. En effet, le dictateur le fait citer sur-le-champ. Ils marchent publiquement l'un contre l'autre, le dictateur au milieu des nobles et Manlius au milieu du peuple. Le dictateur presse Manlius de déclarer où est cet argent qu'il disait avoir été enlevé, le Sénat étant aussi empressé de l'apprendre que le peuple lui-même. Manlius ne répond rien de positif. Il a recours à des réponses évasives, soutient qu'il n'est pas nécessaire de leur dire ce qu'ils savent si bien. À l'instant, le dictateur le fait traîner en prison.
Ce trait d'histoire nous prouve combien détestable est la calomnie dans une République comme sous toute autre espèce de gouvernement, et qu'il n'est pas de moyen qu'on ne doive employer pour la réprimer à temps. Il n'en est pas de meilleur que celui de donner ouverture à l'accusation ; autant celle-ci est utile dans une République, autant la calomnie y est funeste ; elles diffèrent du fait que la calomnie n'a besoin ni de témoins ni de confrontation ni de rien circonstancier, pour réussir et persuader. Tout individu peut être calomnié par un autre, mais tous ne peuvent être accusés : les accusations, pour être accueillies, ayant besoin d'être appuyées des preuves les plus éclatantes et de circonstances qui en démontrent la vérité. Les accusations se portent devant les magistrats, devant un peuple ou des conseils ; la calomnie s'exerce ou sur les places ou dans les maisons, et on use d'autant plus de celle-ci que l'accusation n'est pas admise dans un État, par un vice de sa Constitution.
Ainsi, il est du devoir d'un législateur de donner à tout citoyen la faculté d'en accuser un autre sans avoir rien à redouter de sa démarche. Cette précaution une fois prise, qu'il poursuive ensuite avec vigueur les calomniateurs ; ceux-ci ne pourront se plaindre de leur punition ; ils avaient en main tous les moyens d'accuser publiquement celui qu'ils ont calomnié en secret. Le défaut de règlement dans cette partie entraîne les plus grands désordres. La calomnie irrite les hommes et ne les corrige pas ; ceux qu'elle blesse pensent à se fortifier, et tous les discours semés contre eux leur inspirent plus de haine que de crainte.
Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Chapitre VIII : « Autant les accusations sont utiles dans une république, autant la calomnie y est pernicieuse »
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Tu es en train de lire le Discours en entier ou tu as découvert cet extrait par un autre moyen ?
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Je suis en train de le finir, quelqu'un me l'a passé. Pourquoi ?
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J'ai fortement pensé à le lire après avoir lu Le Prince, mais ça ne s'est pas encore fait. Tu le lis dans quelle édition ? La traduction de la Pléiade a l'air lourdingue, notamment parce qu'elle ne traduit pas les mots latins... mais en même temps, je ne suis pas trop au fait des autres éditions qui existent. Du coup, je profite de ta citation pour me renseigner.
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Le livre que mon collègue m'a passé est de chez NRF. Sinon tu peux trouver assez facilement un PDF avec le texte entier.
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" Avant j'avais honte, je pissais au lit. J'ai décidé d'aller voir un psy . Je pisse toujours au lit mais j'en suis fier ." Coluche
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When I get sad, I stop te being sad and be awesome instead. True story.
Barrney Stinson.
There's something wrong with that level of perfection... It needs to be violated.
Chuck Bass.
C'est dans la médecine un remède nouveau;
Il purge, réjouit, conforte le cerveau;
De toute noire humeur promptement il le délivre,
Et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre.
Ô tabac ! Ô tabac ! Mes plus chères amours
Sganarelle Acte I, Scène 1.
"Ca fait tellement du bien d'aimer les gens qu'on aime que ça finit par faire mal."
Lola ~ LOL.
"C'est bon, t'as pas le monopole de la discrimination non plus.
- Non, là, tu vois, j'ai plutôt le monospace de l'angoisse"
Maël & Mehdi ~ LOL.
Tes yeux sont si profonds que je m'y perds.
Un esprit noble engrandit le plus petit des hommes.
Jebediah SPRINGFIELD.


La majorité des coureurs ordinaires sont avant tout motivés par un but personnel, qui consiste en général à parcourir telle distance en un temps donné. Quand l’athlète réalise ce temps, il (ou elle) a le sentiment d’avoir accompli ce qu’il s’est fixé de faire, et s’il n’y arrive pas, il aura le sentiment d’avoir failli. Même s’il ne parvient pas au temps qu’il espérait atteindre, tant qu’il éprouve la satisfaction d’avoir fait de son mieux – et, éventuellement, d’avoir découvert un aspect significatif de lui-même –, sa course est perçue comme un accomplissement, et il retrouvera ce sentiment positif lors de la compétition suivante. En d’autres termes, la fierté (ou ce qui ressemble à de la fierté) qu’éprouve le coureur de fond à être allé au bout de sa course reste pour lui le critère fondamental.
On peut dire la même chose à propos de ma profession. Dans le travail du romancier, pour autant que je le sache, la victoire ou la défaite n’ont pas de sens. Peut-être le nombre d’exemplaires vendus, les prix littéraires, les critiques élogieuses sont-ils des critères apparents qui fixent la réussite dans le domaine littéraire, mais rien de tout cela ne compte véritablement. L’essentiel est de savoir si vos écrits ont atteint le niveau que vous vous êtes assigné. Une chose difficile à expliquer. Aux autres, vous pouvez toujours fournir une explication appropriée. À vous-même, impossible de mentir. En ce sens, écrire un roman ou courir un marathon, voilà deux activités qui se ressemblent. Chez les créateurs, il existe une motivation intérieure, une force calme qu’il n’est pas du tout nécessaire de confronter à des critères extérieurs.
Pour moi, courir est à la fois un exercice et une métaphore. En courant jour après jour, en accumulant les courses, je dépasse les obstacles petit à petit et, lorsque j’ai réussi à franchir un niveau supérieur, je me grandis moi-même. Du moins j’aspire à me grandir, et c’est pourquoi je me contrains à ces efforts quotidiens. Bien entendu, je le sais, je ne suis pas un véritable marathonien. J’en suis toujours resté à un niveau très ordinaire, voire, serait-il plus juste de dire, médiocre. Là n’est pas le point important. Mais plutôt : suis-je parvenu à m’améliorer depuis hier, ne serait-ce qu’un peu ? Durant les courses de fond, le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi, le soi qui traîne tout son passé.
Haruki Murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond
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Ha ha haaa !! ![]()
Cette blague est vraiment excellente. Et Chewby la raconte tellement bien. ![]()
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Pas très relevé, mais envoyé en pensée du jour par mon illustre père ce matin :
Le divorce c'est grave: Ta femme te quitte et te prend la moitié de ce que tu as épargné toute ta vie
La crise c'est pire: tu perds la moitié de ce que tu as épargné toute ta vie, et tu as toujours ta femme
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Nourriture pour système encéphalo-digestif résistant :
Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. Nous avions perdu tous nos droits et d’abord celui de parler ; on nous insultait en face chaque jour et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques ; partout sur les murs, dans les journaux, sur l’écran, nous retrouvions cet immonde visage que nos oppresseurs voulaient nous donner de nous-mêmes : à cause de tout cela nous étions libres. Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête ; puisqu’une police toute-puissante cherchait à nous contraindre au silence, chaque parole devenait précieuse comme une déclaration de principe ; puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement. Les circonstances souvent atroces de notre combat nous mettaient enfin à même de vivre, sans fard et sans voile, cette situation déchirée, insoutenable qu’on appelle la condition humaine. L’exil, la captivité, la mort surtout que l’on masque habilement dans les époques heureuses, nous en faisions les objets perpétuels de nos soucis, nous apprenions que ce ne sont pas des accidents évitables, ni même des menaces constantes mais extérieures : il fallait y voir notre lot, notre destin, la source profonde de notre réalité d’homme ; à chaque seconde nous vivions dans sa plénitude le sens de cette petite phrase banale : « Tous les hommes sont mortels . » Et le choix que chacun faisait de lui-même était authentique puisqu’il se faisait en présence de la mort, puisqu’il aurait toujours pu s’exprimer sous la forme « Plutôt la mort que... ». Et je ne parle pas ici de cette élite que furent les vrais Résistants, mais de tous les Français qui, à toute heure du jour et de la nuit, pendant quatre ans, ont dit non . La cruauté même de l’ennemi nous poussait jusqu’aux extrémités de notre condition en nous contraignant à nous poser ces questions qu’on élude dans la paix : tous ceux d’entre nous - et quel Français ne fut une fois ou l’autre dans ce cas ? - qui connaissaient quelques détails intéressant de la Résistance se demandaient avec angoisse : « Si on me torture, tiendrai-je le coup ? » Ainsi la question même de la liberté était posée et nous étions au bord de la connaissance la plus profonde que l’homme peut avoir de lui-même. Car le secret d’un homme, ce n’est pas son complexe d’Oedipe ou d’infériorité, c’est la limite même de sa liberté, c’est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. À ceux qui eurent une activité clandestine, les circonstances de leur lutte apportait une expérience nouvelle : ils ne combattaient pas au grand jour, comme des soldats ; traqués dans la solitude, arrêtés dans la solitude, c’est dans le délaissement, dans le dénuement le plus complet qu’ils résistaient aux tortures : seuls et nus devant des bourreaux bien rasés, bien nourris, bien vêtus qui se moquaient de leur chair misérable et à qui une conscience satisfaite, une puissance sociale démesurée donnaient toutes les apparences d’avoir raison. Pourtant, au plus profond de cette solitude, c’étaient les autres, tous les autres, tous les camarades de résistance qu’ils défendaient ; un seul mot suffisait pour provoquer dix, cent arrestations. Cette responsabilité totale dans la solitude totale, n’est-ce pas le dévoilement même de notre liberté ? Ce délaissement, cette solitude, ce risque énorme étaient les mêmes pour tous, pour les chefs et pour les hommes ; pour ceux qui portaient des messages dont ils ignoraient le contenu comme pour ceux qui décidaient de toute la résistance, une sanction unique : l’emprisonnement, la déportation, la mort. Il n ‘est pas d’armée au monde où l’on trouve pareille égalité de risques pour le soldat et le généralissime. Et c’est pourquoi la Résistance fut une démocratie véritable : pour le soldat comme pour le chef, même danger, même responsabilité, même absolue liberté dans la discipline. Ainsi, dans l’ombre et dans le sang, la plus forte des Républiques s’est constituée. Chacun de ses citoyens savait qu’il se devait à tous et qu’il ne pouvait compter que sur lui-même ; chacun d’eux réalisait, dans le délaissement le plus total, son rôle historique. Chacun d’eux, contre les oppresseurs, entreprenait d’être lui-même, irrémédiablement et en se choisissant lui-même dans sa liberté, choisissait la liberté de tous. Cette république sans institutions, sans armée, sans police, il fallait que chaque Français la conquière et l’affirme à chaque instant contre le nazisme. Nous voici à présent au bord d’une autre République : ne peut-on souhaiter qu’elle conserve au grand jour les austères vertus de la République du Silence et de la Nuit.
Jean-Paul Sartre, Situations III, Paris, Gallimard, 1949, pp 11-14
Dernière modification par Antistène_Ocyroé (25/03/2012 09:40:54)
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Rien que pour le plaisir de ce passage et le surréalisme de la situation de nos jours, voilà un extrait de la Bible de Jérusalem.
Pour ceux qui n'ont pas le courage de tout lire, ou tout simplement pas le temps, je vous ai sélectionné un passage savoureux en bleu :
En ce temps-là - il n'y avait pas alors de roi en Israël - il y avait un homme, un lévite, qui résidait au fond de la montagne d'Éphraïm. Il prit pour concubine une femme de Bethléem de Juda.
Dans un moment de colère sa concubine le quitta pour rentrer dans la maison de son père à Bethléem de Juda, et elle y demeura un certain temps, quatre mois.
Son mari partit et alla la trouver pour parler à son cœur et la ramener chez lui; il avait avec lui son serviteur et deux ânes. Comme il arrivait à la maison du père de la jeune femme, celui-ci l'aperçut et s'en vint tout joyeux au-devant de lui.
Son beau-père, le père de la jeune femme, le retint et il demeura trois jours chez lui, ils y mangèrent et burent et ils y passèrent la nuit.
Le quatrième jour, ils s'éveillèrent de bon matin et le lévite se disposait à partir, quand le père de la jeune femme dit à son gendre : " Restaure-toi en mangeant un morceau de pain, vous partirez après. "
S'étant assis, ils se mirent à manger et à boire tous les deux ensemble, puis le père de la jeune femme dit à cet homme : " Consens, je te prie, à passer la nuit, et que ton cœur se réjouisse. "
Comme l'homme se levait pour partir, le beau-père insista auprès de lui, et il y passa encore la nuit.
Le cinquième jour, le lévite se leva de bon matin pour partir, mais le père de la jeune femme lui dit : " Restaure-toi d'abord, je t'en prie! " Ils s'attardèrent ainsi jusqu'au déclin du jour et ils mangèrent tous deux ensemble.
Le mari se levait pour partir avec sa concubine et son serviteur, quand son beau-père, le père de la jeune femme, lui dit : " Voici que le jour baisse vers le soir, passez donc la nuit. Voici le déclin du jour, passez la nuit ici, et que ton cœur se réjouisse. Demain de bon matin, vous partirez et tu regagneras ta tente. "
Mais l'homme, refusant de passer la nuit, se leva, partit et il arriva en vue de Jébus - c'est-à-dire de Jérusalem. Il avait avec lui deux ânes bâtés, ainsi que sa concubine et son serviteur.
Lorsqu'ils furent près de Jébus, le jour avait beaucoup baissé. Le serviteur dit à son maître : " Viens donc, je te prie, faisons un détour vers cette ville des Jébuséens et nous y passerons la nuit. "
Son maître lui répondit : " Nous ne ferons pas de détour vers une ville d'étrangers qui ne sont pas, ceux-là, des Israélites, mais nous pousserons jusqu'à Gibéa. "
Et il ajouta à son serviteur : " Allons, et tâchons d'atteindre l'une de ces localités pour y passer la nuit, Gibéa ou Rama. "
Ils poussèrent donc plus loin et continuèrent leur marche. A leur arrivée en face de Gibéa de Benjamin, le soleil se couchait.
Ils se tournèrent alors de ce côté pour passer la nuit à Gibéa. Le lévite, étant entré, s'assit sur la place de la ville, mais personne ne leur offrit dans sa maison l'hospitalité pour la nuit.
Survint un vieillard qui, le soir venu, rentrait de son travail des champs. C'était un homme de la montagne d'Éphraïm, qui résidait à Gibéa, tandis que les gens de l'endroit étaient des Benjaminites.
Levant les yeux, il remarqua le voyageur, sur la place de la ville : " Où vas-tu, lui dit le vieillard, et d'où viens-tu ? "
Et l'autre lui répondit : " Nous faisons route de Bethléem de Juda vers le fond de la montagne d'Éphraïm. C'est de là que je suis. J'étais allé à Bethléem de Juda et je retourne chez moi, mais personne ne m'a offert l'hospitalité dans sa maison.
Nous avons pourtant de la paille et du fourrage pour nos ânes, j'ai aussi du pain et du vin pour moi, pour ta servante et pour le jeune homme qui accompagne ton serviteur. Nous ne manquons de rien. " -
" Sois le bienvenu, repartit le vieillard, laisse-moi pourvoir à tous tes besoins, mais ne passe pas la nuit sur la place. "
Il le fit donc entrer dans sa maison et il donna du fourrage aux ânes. Les voyageurs se lavèrent les pieds, puis mangèrent et burent.
Pendant qu'ils se réconfortaient, voici que des gens de la ville, des vauriens, s'attroupèrent autour de la maison et, frappant à la porte à coups redoublés, ils dirent au vieillard, maître de la maison : " Fais sortir l'homme qui est venu chez toi, que nous le connaissions. "
Alors le maître de la maison sortit vers eux et leur dit : " Non, mes frères, je vous en prie, ne soyez pas des criminels. Après que cet homme soit entré dans ma maison, ne commettez pas cette infamie.
Voici ma fille qui est vierge. Je vous la livrerai. Abusez d'elle et faites ce que bon vous semble, mais ne commettez pas à l'égard de cet homme une pareille infamie. "
Ces gens ne voulurent pas l'écouter. Alors l'homme prit sa concubine et la leur amena dehors. Ils la connurent, ils abusèrent d'elle toute la nuit jusqu'au matin et, au lever de l'aurore, ils la lâchèrent.
Vers le matin la femme s'en vint tomber à l'entrée de la maison de l'homme chez qui était son mari et elle resta là jusqu'au jour.
Au matin son mari se leva et, ayant ouvert la porte de la maison, il sortait pour continuer sa route, quand il vit que la femme, sa concubine, gisait à l'entrée de la maison, les mains sur le seuil.
" Lève-toi, lui dit-il, et partons! " Pas de réponse. Alors il la chargea sur son âne et il se mit en route pour rentrer chez lui.
Arrivé à la maison, il prit un couteau et, saisissant sa concubine, il la découpa, membre par membre, en douze morceaux, puis il l'envoya dans tout le territoire d'Israël.
Il donna des ordres à ses émissaires : " Voici ce que vous direz à tous les Israélites : A-t-on jamais vu pareille chose depuis le jour où les Israélites sont montés du pays d'Égypte jusqu'aujourd'hui ? Réfléchissez-y, consultez-vous et prononcez. " Et tous ceux qui voyaient, disaient : " Jamais chose pareille n'est arrivée et ne s'est vue depuis que les Israélites sont montés du pays d'Égypte jusqu'aujourd'hui. "
La Bible de Jérusalem, "le livre des Juges", chapitre 19
Dernière modification par brusicor02 (25/03/2012 11:09:54)
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La traduction de ce passage - tout en euphémisme - risque de prêter à quelques confusions : quand les gens de la ville disent qu'ils veulent "connaître" l'homme hébergé par le vieillard, cela signifie qu'ils veulent le sodomiser allègrement... Comme on peut le deviner quand il est dit, un peu plus loin, que ces hommes "connurent" la femme. Le vieillard et l'homme préfèrent sacrifier des femmes à la rage collective plutôt que de les laisser commettre un crime encore plus grave, car contre-nature - selon la pensée de l'époque.
A noter que l'extraordinaire violence de ce passage n'est pas gratuite, contrairement à ce que l'on pourrait penser hors contexte : le Livre des Juges présente les douzes "juges" suscités par Dieu pour remédier à l'anarchie des tribus - dont ce chapitre donne une saisissante illustration. Il faut donc bien comprendre que ce livre n'a pas qu'une dimension religieuse, il a surtout une dimension politique : il met en avant, en creux pour ainsi dire, la valeur de l'institution royale contre la violence et l'anarchie des tribus éclatées. Il est à cet égard tout à fait significatif que l'extrait que tu cites commence par "il n'y avait pas alors de roi en Israël"... Voir surtout le verset qui clôt ce même Livre des Juges : "En ce temps-là, il n'y avait pas de roi dans Israël ; mais chacun faisait ce qu'il lui plaisait". (Je souligne).
Pour être tout à fait complet, il faut dire que le chapitre qui suit celui que tu cites montre comment "Les Israélites vengent sur ceux de Benjamin l'insulte faite au Lévite". Si le Lévite coupe sa femme (morte au moment où il la coupe - et déjà au moment où il la ramasse, il faut bien le comprendre, ce n'est pas lui qui la tue) et envoie les morceaux à douzes tribus, c'est dans le but de réunir les israélites pour punir le crime des benjamites. Ce crime est vecteur de rassemblement, comme le montre le premier verset du chapitre XX : "Alors tous les enfants d'Israël se mirent en campagne, et se trouvèrent assemblés comme un seul homme, depuis Dan jusqu'à Barsabée et la terre de Galaad devant le Seigneur à Maspha". (Je souligne). A noter enfin que le Livre des Juges est directement suivi, à un livre près il est vrai, par le Livre des Rois.
Ne me remerciez pas pour la petite exégèse. C'est toujours un plaisir pour moi de voler au secours de la Bible.
Dernière modification par Antistène_Ocyroé (25/03/2012 12:44:52)
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brusicor02, attia669 aiment ça.


Je tiens à te rassurer tout de suite : je connais l'interprétation de ce passage, c'est juste le fait que cet extrait m'a toujours fait sourire quand je pense au point de vue de notre société actuelle pour une même situation. Les mentalités ont changé, les choses banales d'hier sont horreurs d'aujourd'hui.
Et je suis content que tu nous éclaires, car toi seul peut nous faire des analyses comme celle-ci, à la fois concise et précise, complète sans étouffer les informations (et je cesse les compliments, promis
). Bref, je suis content que tu aies écrit ce message, car il nécessite explication pour celui qui veut comprendre et apprendre.
Dernière modification par brusicor02 (25/03/2012 23:28:18)
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Parce qu'il sait tout sur ce qui concerne la littérature. Il est temps de t'en rendre compte et de mettre ta fascination de côté, même si c'est difficile !
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Holly, ce n'est pas la peine de s’énerver, ça ne se raisonne pas une fan ! ![]()
Mais si Astia veut savoir les références qu'il utilise, c'est son droit et la question est justifiée.
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Je crois que c'était surtout de l'humour de la part d'Holly, mon cher Brusi. ![]()
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