Vie de merde - Le forum / Poèmes

#226 27/12/2011 02:59:57

Homme
Aujourd'hui, je sais l'écrire.
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Re: Poèmes

Voilà un des poèmes tirés d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

contexte : nous sommes au chapitre V du livre, là où la Chenille (the Caterpillar) demande à Alice de réciter You are old, Father William (en français Vous êtes vieux, père William), une parodie d'un des poèmes de Robert Southey.

“You are old, Father William,” the young man said,
   “And your hair has become very white;
And yet you incessantly stand on your head—
    Do you think, at your age, it is right?”

“In my youth,” Father William replied to his son,
    "I feared it might injure the brain;
But, now that I’m perfectly sure I have none,
    Why, I do it again and again.”

“You are old,” said the youth, “as I mentioned before,
    And have grown most uncommonly fat;
Yet you turned a back-somersault in at the door—
    Pray, what is the reason of that?”

“In my youth,” said the sage, as he shook his grey locks,
    “I kept all my limbs very supple
By the use of this ointment—one shilling the box—
    Allow me to sell you a couple?”

"You are old,” said the youth, “and your jaws are too weak
    For anything tougher than suet;
Yet you finished the goose, with the bones and the beak—
    Pray, how did you manage to do it?"

“In my youth,” said his father, “I took to the law,
    And argued each case with my wife;
And the muscular strength, which it gave to my jaw
    Has lasted the rest of my life.”

“You are old,” said the youth, “one would hardly suppose
    That your eye was as steady as ever;
Yet you balanced an eel on the end of your nose—
    What made you so awfully clever?”

“I have answered three questions, and that is enough,"
    Said his father, “Don’t give yourself airs!
Do you think I can listen all day to such stuff?
    Be off, or I’ll kick you down-stairs!”

Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland (1865)

Ceci était la version original en anglais, voilà maintenant la version française :

« Vous êtes vieux, Père Guillaume.
Vous avez des cheveux tout gris…
La tête en bas ! Père Guillaume ;
À votre âge, c’est peu permis !

— Étant jeune, pour ma cervelle
Je craignais fort, mon cher enfant ;
Je n’en ai plus une parcelle,
J’en suis bien certain maintenant.

— Vous êtes vieux, je vous l’ai dit,
Mais comment donc par cette porte,
Vous, dont la taille est comme un muid !
Cabriolez-vous de la sorte ?

— Étant jeune, mon cher enfant,
J’avais chaque jointure bonne ;
Je me frottais de cet onguent ;
Si vous payez je vous en donne.

— Vous êtes vieux, et vous mangez
Les os comme de la bouillie ;
Et jamais rien ne me laissez.
Comment faites-vous, je vous prie ?

— Étant jeune, je disputais
Tous les jours avec votre mère ;
C’est ainsi que je me suis fait
Un si puissant os maxillaire.

— Vous êtes vieux, par quelle adresse
Tenez-vous debout sur le nez
Une anguille qui se redresse
Droit comme un I quand vous sifflez ?

— Cette question est trop sotte !
Cessez de babiller ainsi,
Ou je vais, du bout de ma botte,
Vous envoyer bien loin d’ici. »

Lewis Carroll, Alice au pays des Merveilles (traduction de Henri Bué, 1869)

Dernière modification par brusicor02 (27/12/2011 03:04:40)


L'esprit, mis en présence de toute espèce de difficulté, peut trouver une issue idéale dans l'absurde. (André Breton)

La mort n'est que la mort : on ne signifie rien par sa mort mais on la subit. (Eric-Emmanuel Schmitt)

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Kalouty aime ça.

#227 27/12/2011 15:30:19

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Re: Poèmes

Tiens, ça me donne envie de vous faire partager ce poème de Tim Burton : The Melancholy Death of Oyster Boy (Identifiez-vous pour voir le lien) [La triste fin du petit enfant huître], c'est de saison tongue

Oui, c'est en anglais, mais c'est très facile à lire, c'est un petit conte rimé, et sur la page il y a aussi les illustration que Tim Burton avait également faites pour accompagner son poème. Lisez-le, mais pitié ne cherchez pas de traduction en français c'est assez nul.

[Je vous l'avais entièrement retranscrit en spoiler mais mon pc a buggué et j'ai la flemme de tout recommencer...]


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#228 01/02/2012 23:24:04

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Re: Poèmes

Double post, sorry, mais c'est pour la bonne cause. Je viens de découvrir plus ou moins par hasard en feuilletant mon éternelle anthologie de poésie française, un poème de Tristan Corbière que je trouve magnifique, parce que drôle et effrayant à la fois [l'oeuvre d'un poète maudit quoi]

Il est un peu long, mais il vaut le temps qu'on prend pour le lire, le relire, et le lire encore.

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LITANIE DU SOMMEIL

                                               « J’ai scié le sommeil ! »
                                                              (Macbeth.)

                                   *

Vous qui ronflez au coin d’une épouse endormie,
Ruminant ! savez-vous ce soupir : l’Insomnie ?
– Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé,
Papillon de minuit dans la nuit envolé,
Sans un coup d’aile ami, vous laissant sur le seuil,
Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans œil ?
– Avez-vous navigué ?... La pensée est la houle
Ressassant le galet : ma tête... votre boule.
– Vous êtes-vous laissé voyager en ballon ?
– Non ? – bien, c’est l’insomnie. – Un grand coup de talon
Là ! – Vous voyez cligner des chandelles étranges :
Une femme, une Gloire en soleil, des archanges...
Et, la nuit s’éteignant dans le jour à demi,
Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi.

                                   *


Sommeil ! écoute-moi : je parlerai bien bas :
Sommeil – Ciel-de-lit de ceux qui n’en ont pas !

Toi qui planes avec l’Albatros des tempêtes,
Et qui t’assieds sur les casques-à-mèche honnêtes !
Sommeil ! – Oreiller blanc des vierges assez bêtes !
Et Soupape à secret des vierges assez faites !
– Moelleux Matelas de l’échine en arête !
Sac noir où les chassés s’en vont cacher leur tête !
Rôdeur de boulevard extérieur ! Proxénète !
Pays où le muet se réveille prophète !
Césure du vers long, et Rime du poète !

Sommeil ! – Loup-Garou gris ! Sommeil Noir de fumée !
Sommeil ! – Loup de velours, de dentelle embaumée !
Baiser de l’Inconnue, et Baiser de l’Aimée !
– Sommeil ! Voleur de nuit ! Folle-brise pâmée !
Parfum qui monte au ciel des tombes parfumées !
Carrosse à Cendrillon ramassant les Traînées !
Obscène Confesseur des dévotes mort-nées !

Toi qui viens, comme un chien, lécher la vieille plaie
Du martyr que la mort tiraille sur sa claie !

Ô sourire forcé de la crise tuée !
Sommeil ! Brise alizée ! Aurorale buée !

Trop-plein de l’existence, et Torchon neuf qu’on passe
Au CAFÉ DE LA VIE, à chaque assiette grasse !
Grain d’ennui qui nous pleut de l’ennui des espaces !
Chose qui court encor, sans sillage et sans traces !
Pont-levis des fossés ! Passage des impasses !

Sommeil ! – Caméléon tout pailleté d’étoiles !
Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !
Femme du rendez-vous, s’enveloppant d’un voile !
Sommeil ! – Triste Araignée, étends sur moi ta toile !

Sommeil auréolé ! féerique Apothéose,
Exaltant le grabat du déclassé qui pose !
Patient Auditeur de l’incompris qui cause !
Refuge du pêcheur, de l’innocent qui n’ose !
Domino ! Diables-bleus ! Ange-gardien rose !

Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes !
Réveil des échos morts et des choses profondes,
– Journal du soir : Temps, Siècle et Revue des deux mondes !


Fontaine de Jouvence et Borne de l’envie !
– Toi qui viens assouvir la faim inassouvie !
Toi qui viens délier la pauvre âme ravie,
Pour la noyer d’air pur au large de la vie !

Toi qui, le rideau bas, viens lâcher la ficelle
Du Chat, du Commissaire, et de Polichinelle,
Du violoncelliste et de son violoncelle,
Et la lyre de ceux dont la Muse est pucelle !

Grand Dieu, Maître de tout ! Maître de ma Maîtresse
Qui me trompe avec toi – l’amoureuse Paresse –
Ô bain de voluptés ! Éventail de caresse !

Sommeil ! Honnêteté des voleurs ! Clair de lune
Des yeux crevés ! – Sommeil ! Roulette de fortune
De tout infortuné ! Balayeur de rancune !

Ô corde-de-pendu de la Planète lourde !
Accord éolien hantant l’oreille sourde !
– Beau Conteur à dormir debout : conte ta bourde ?...
Sommeil ! – Foyer de ceux dont morte est la falourde !


Sommeil – Foyer de ceux dont la falourde est morte !
Passe-partout de ceux qui sont mis à la porte !
Face-de-bois pour les créanciers et leur sorte !
Paravent du mari contre la femme-forte !

Surface des profonds ! Profondeur des jocrisses !
Nourrice du soldat et Soldat des nourrices !
Paix des juges-de-paix ! Police des polices !
Sommeil ! – Belle-de-nuit entr’ouvrant son calice !
Larve, Ver-luisant et nocturne Cilice !
Puits de vérité de monsieur La Palisse !

Soupirail d’en haut ! Rais de poussière impalpable,
Qui viens rayer du jour la lanterne implacable !

                                     *

Sommeil – Écoute-moi, je parlerai bien bas :
Crépuscule flottant de l’Être ou n’Être pas !...

Sombre lucidité ! Clair-obscur ! Souvenir
De l’Inouï ! Marée ! Horizon ! Avenir !
Conte des Mille-et-une-nuits doux à ouïr !

Lampiste d'Aladin qui sais nous éblouir !
Eunuque noir ! muet blanc ! Derviche ! Djinn ! Fakir !
Conte de Fée où le Roi se laisse assoupir !
Forêt-vierge où Peau-d’Âne en pleurs va s’accroupir !
Garde-manger où l'Ogre encor va s’assouvir !
Tourelle où ma sœur Anne allait voir rien venir !
Tour où dame Malbrouck voyait page courir...
Où Femme Barbe-Bleue oyait l’heure mourir !...
Où Belle au-Bois-Dormant dormait dans un soupir !

Cuirasse du petit ! Camisole du fort !
Lampion des éteints ! Éteignoir du remord !
Conscience du juste, et du pochard qui dort !
Contre-poids des poids faux de l’épicier de Sort !
Portrait enluminé de la livide Mort !

Grand fleuve où Cupidon va retremper ses dards
Sommeil ! – Corne de Diane, et corne du cornard !
Couveur de magistrats et Couveur de lézards !
Marmite d'Arlequin ! – bout de cuir, lard, homard –
Sommeil ! – Noce de ceux qui sont dans les beaux-arts.

Boulet des forcenés, Liberté des captifs !
Sabbat du somnambule et Relais des poussifs ! –

Somme ! Actif du passif et Passif de l’actif !
Pavillon de la Folle et Folle du poncif !...
– Ô viens changer de patte au cormoran pensif !

Ô brun Amant de l’Ombre ! Amant honteux du jour !
Bal de nuit où Psyché veut démasquer l’Amour !
Grosse Nudité du chanoine en jupon court !
Panier-à-salade idéal ! Banal four !
Omnibus où, dans l’Orbe, on fait pour rien un tour !

Sommeil ! Drame hagard ! Sommeil, molle Langueur !
Bouche d’or du silence et Bâillon du blagueur !
Berceuse des vaincus ! Perchoir des coqs vainqueurs !
Alinéa du livre où dorment les longueurs !

Du jeune homme rêveur Singulier Féminin !
De la femme rêvant pluriel masculin !

Sommeil ! – Râtelier du Pégase fringant !
Sommeil ! – Petite pluie abattant l’ouragan !
Sommeil ! – Dédale vague où vient le revenant !
Sommeil ! – Long corridor où plangore le vent !


Néant du fainéant ! Lazzarone infini !
Aurore boréale au sein du jour terni !

Sommeil ! – Autant de pris sur notre éternité !
Tour du cadran à blanc ! Clou du Mont-de-Piété !
Héritage en Espagne à tout déshérité !
Coup de rapière dans l’eau du fleuve Léthé !
Génie au nimbe d’or des grands hallucinés
Nid des petits hiboux ! Aile des déplumés !

Immense Vache à lait dont nous sommes les veaux !
Arche où le hère et le boa changent de peaux !
Arc-en-ciel miroitant ! Faux du vrai ! Vrai du faux !
Ivresse que la brute appelle le repos !
Sorcière de Bohême à sayon d’oripeaux !
Tityre sous l’ombrage essayant des pipeaux !
Temps qui porte un chibouck à la place de faux !
Parque qui met un peu d’huile à ses ciseaux !
Parque qui met un peu de chanvre à ses fuseaux !
Chat qui joue avec le peloton d’Atropos !


Sommeil ! – Manne de grâce au cœur disgracié !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


Le Sommeil s’éveillant me dit : Tu m’as scié.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

                                      *


Toi qui souffles dessus une épouse enrayée,
Ruminant ! dilatant ta pupille éraillée ;
Sais-tu ?... Ne sais-tu pas ce soupir – le Réveil ! –
Qui baille au ciel, parmi les crins d’or du soleil
Et les crins fous de ta Déesse ardente et blonde ?...
– Non ?... – Sais-tu le réveil du philosophe immonde
– Le Porc – rognonnant sa prière du matin ;
Ou le réveil, extrait-d’âge de la catin ?...
As-tu jamais sonné le réveil de la meute ;
As-tu jamais senti l’éveil sourd de l’émeute,
Ou le réveil de plomb du malade fini ?...
As-tu vu s’étirer l’œil des Lazzaroni ?...
Sais-tu ?... ne sais-tu pas le chant de l’alouette ?
– Non – Gluants sont tes cils, pâteuse est ta luette,
Ruminant ! Tu n’as pas l’Insomnie, éveillé ;
Tu n’as pas le Sommeil, ô Sac ensommeillé !

(Lits divers — Une nuit de jour.)


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Hendiadyn aime ça.

#229 02/02/2012 00:45:35

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Aujourduit
Lieu : Québec
Inscrit le : 15 août 2010
Messages : 3605

Re: Poèmes

Merci Cola de m'avoir rappelé l'existence de ce topic ! J'aime beaucoup le poème que tu as cité d'ailleurs. smile

Du coup je change complètement de style et je vous mets mes deux poèmes québécois préférés, depuis le temps que je dis à Anti que je vais le faire (ahem).

Le premier est d'Émile Nelligan, probablement le poète québécois le plus connu. Pour la petite histoire, Nelligan a écrit des poèmes tout le long de son adolescence, puis il est devenu fou vers l'âge de 17 ans je crois (en 1899) et Le Vaisseau d'or se compte dans ses derniers poèmes, il fait référence à l'état de folie qui le submerge et qui va gâcher son talent.

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Le Vaisseau d'Or

C'était un grand Vaisseau taillé dans l'or massif:
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoùt, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!


Le deuxième est un poème beaucoup plus récent et beaucoup moins joli, il a été écrit en 1970 par Michèle Lalonde quand le Québec voulait cesser d'être soumis aux Canadiens anglais.

Il y a beaucoup de références à l'histoire québécoise (et à la culture anglaise/américaine), mais le plus important c'est qu'avant 1970 les Québécois étaient un peuple ouvrier et les Canadiens anglais étaient les patrons, supérieurs aux Québécois qui étaient dit "stupides, sans culture, sans histoire et facilement assimilables". Du coup, sur les lieux de travail, quand les ouvriers parlaient français entre eux, les Canadiens anglais leur disaient systématiquement "speak white" qui voulait dire "parlez la langue pure, le français c'est moche et ça donne une mauvaise image de mon entreprise".

Du coup, pour les rares personnes qui me lisent, vous comprenez maintenant pourquoi les Québécois n'aiment pas le reste du Canada, même si maintenant c'est un peu mieux. big_smile

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Speak White

Speak white
il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble dans les sonnets de Shakespeare

nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d'une langue
parlez avec l'accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
speak white
et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan

speak white
parlez de choses et d'autres
parlez-nous de la Grande Charte
ou du monument à Lincoln
du charme gris de la Tamise
de l'eau rose du Potomac
parlez-nous de vos traditions
nous sommes un peuple peu brillant
mais fort capable d'apprécier
toute l'importance des crumpets
ou du Boston Tea Party

mais quand vous really speak white
quand vous get down to brass tacks

pour parler du gracious living
et parler du standard de vie
et de la Grande Société
un peu plus fort alors speak white
haussez vos voix de contremaîtres
nous sommes un peu durs d'oreille
nous vivons trop près des machines
et n'entendons que notre souffle au-dessus des outils

speak white and loud
qu'on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l'heure de la mort à l'ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar

speak white
tell us that God is a great big shot
and that we're paid to trust him
speak white
parlez-nous production profits et pourcentages
speak white
c'est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre

ah !
speak white
big deal
mais pour vous dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
une vie de peuple-concierge
mais pour rentrer chez nous le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au-dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l'est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d'huile

speak white
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d'avoir le monopole
de la correction de langage

dans la langue douce de Shakespeare
avec l'accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Viêt-Nam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l'ordre parlez répression
speak white
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques

speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues d'Alger ou de Little Rock

speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendez vous répondre
we're doing all right
we're doing fine
we
are not alone

nous savons
que nous ne sommes pas seuls


Il y en a beaucoup d'autres (même si la poésie n'est pas la plus grande force des Québécois), mais je doute de l'intérêt des védéhemiens donc je vais m'arrêter là. big_smile

Dernière modification par Stephiee (02/02/2012 17:05:47)


« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »
- Antoine de Saint-Exupéry

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#230 02/02/2012 03:54:03

Aujourd'hui, je sais l'écrire.
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Re: Poèmes

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Stephiee a écrit :

pour les rares personnes qui me lisent
mais je doute de l'intérêt des védéhemiens

Arrête roll.



C'est cool que tu aies mis ces poèmes, parce que je me suis rendu compte que je ne connaissais AUCUN poème québécois (c'est moins cool). C'est bizarre quand même, je dois en connaître plus en anglais (voir en allemand) qu'en français francophone pas de France ('fin je ne sais plus quelle est l'expression donc je vous mets tout), même les Belges, ce sont nos voisins mais je ne connais qu'Émile Verhaeren et seulement parce que j'avais été fouiller sur un site de poésie. Bref.
Sinon le poème de Michèle Lalonde me fait penser aux poèmes de W.B. Yeats sur la domination des Irlandais par les Anglais. Quelle bande de pas gentils, ces Anglais.
(en fait, j'ai du mal à être constructive à 3h du matin)


Cola, je lirai pas ton poème tout de suite, je ne veux pas me faire du mal big_smile.


Sinon je voulais vous proposer un poème en allemand, même si je sais qu'il n'y a pas tant de gens que ça qui lisent l'allemand sur le forum. C'est pour les happy few big_smile. C'est un poème de Heinrich Heine, je suppose qu'il est assez connu, il s'agit de Die schlesischen Weber. C'est le 1er poème qu'on a étudié cette année en cours d'Allemand, et je le trouve vraiment très beau, déjà sans connaître tous les mots, seulement en le lisant à voix haute et en le scandant, on sent sa puissance et la haine qu'il porte en lui.
L'histoire : à la fin des années 1840, les États allemands connaissent de nombreuses révolutions face à la dureté du régime.
Mais déjà, le 4 juin 1844, des tisserands (Weber) de Silésie (qui à l'époque est située en partie en Allemagne) se révoltent de façon très violente parce que leurs conditions de travail ne cessent d'empirer. Mais la répression venue de l'armée prussienne est sanglante. Alors Heinrich Heine se fait le porte-parole des tisserands opprimés au moyen de ce poème.
Il fait partie du mouvement littéraire « Das Junge Deutschland » (Jeune-Allemagne big_smile, 1830-1848), qui croit au progrès, à l'émancipation du rationalisme, de la religion etc. Ils veulent la fin du régime, dont le slogan est « Mit Gott für König und Vaterland » (« avec Dieu, pour le Roi et la Patrie »), et dans son poème Heine reprend ce slogan comme un leitmotiv, pour montrer en quoi c'est une malédiction pour l'Allemagne, qui court à sa perte.
(J'espère que je n'ai pas écrit trop de bêtises.)


Le poème en allemand :

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           Die schlesischen Weber

Im düstern Auge keine Thräne,
Sie sitzen am Webstuhl und fletschen die Zähne :
Deutschland, wir weben Dein Leichentuch,
Wir weben hinein den dreifachen Fluch –
           Wir weben, wir weben !

Ein Fluch dem Gotte, zu dem wir gebeten
In Winterskälte und Hungersnöthen ;
Wir haben vergebens gehofft und geharrt,
Er hat uns geäfft, gefoppt und genarrt –
           Wir weben, wir weben !

Ein Fluch dem König, dem König der Reichen,
Den unser Elend nicht konnte erweichen,
Der den letzten Groschen von uns erpreßt,
Und uns wie Hunde erschießen läßt –
           Wir weben, wir weben !

Ein Fluch dem falschen Vaterlande,
Wo nur gedeihen Schmach und Schande,
Wo jede Blume früh geknickt,
Wo Fäulnis und Moder den Wurm erquickt –
           Wir weben, wir weben !

Das Schiffchen fliegt, der Webstuhl kracht,
Wir weben emsig Tag und Nacht –
Altdeutschland, wir weben Dein Leichentuch,
Wir weben hinein den dreifachen Fluch,
           Wir weben, wir weben ! »


           Heinrich Heine, juin 1844



La traduction:

Spoiler : Afficher


           Les tisserands de Silésie

Dans leurs yeux sombres, pas une larme,
Assis à leur métier à tisser, ils montrent les dents :
Allemagne nous tissons ton linceul,
Nous y tissons la triple malédiction -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit soit le Dieu que nous avons prié
Dans le froid de l'hiver, la faim au ventre ;
Nous avons en vain espéré, attendu,
Il nous a raillés, bernés, bafoués -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit soit le Roi des Nantis,
Que notre misère n'a jamais touché,
Qui nous a soutiré le dernier centime,
Et nous fait abattre comme des chiens -
Nous tissons, nous tissons !

Maudite soit la Patrie hypocrite,
Où ne prospèrent que honte et infamie,
Où la moindre fleur est aussitôt tranchée,
Où la vermine se repaît de la pourriture -
Nous tissons, nous tissons !

La navette court, le métier craque,
Nous tissons sans trêve jour et nuit,
Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul,
Nous y tissons la triple malédiction -
Nous tissons, nous tissons !

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attia669 aime ça.

#231 02/02/2012 15:47:50

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Re: Poèmes

Souvenirs, souvenirs... Nous aussi on avait eu à commenter Die schlesischen Weber, en hypo ou en khâgne, je n'arrive pas à me rappeler exactement. Effectivement, le rythme et les allitérations sont déjà assez menaçants en soi !

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À l'occasion, je serais curieuse de connaître le nom de ta prof... Simple curiosité smile

Dernière modification par attia669 (02/02/2012 15:48:17)


Too bad I can't kill you - since you're already dead to me.

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#232 08/02/2012 10:50:18

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Re: Poèmes

Stephie : J'adore le premier poème que tu as mis. Tu sais ce qui serait superbe ? Que tu le lises à voix haute dans le voxo. Une amie québécoise m'a un jour mu un poème d'un auteur québécois comme, et c'était assez incroyable big_smile

Astia: Très beau poème, par contre j'ai dû le lire en français, j'ai perdu tout mon allemand T_T


Je suis un garçon de sexe féminin. Ou pas
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#233 08/02/2012 18:01:58

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Re: Poèmes

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !

Paul Verlaine
, Romances sans paroles


Too bad I can't kill you - since you're already dead to me.

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#234 08/02/2012 18:31:18

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Re: Poèmes

Cola : Oui mais je ne sais pas vraiment lire un poème. big_smile Et je crois que je préfèrerais lire le deuxième parce que j'ai déjà entendu l'auteur le lire et c'est une femme qui l'a écrit. J'y penserai. ^^

En tout cas je suis contente que tu l'aies aimé ! Nelligan est trop peu connu à mon avis. smile


« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »
- Antoine de Saint-Exupéry

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#235 09/02/2012 01:46:51

Aujourd'hui, je sais l'écrire.
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Re: Poèmes

Attia et Cola : ça me fait plaisir qu'il vous plaise parce que j'avais passé à peu près 1h à taper mon post (bon il était 4h du mat' aussi) big_smile

Et sinon bonne idée Cola, Stephie on t'attend ! big_smile

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#236 09/02/2012 02:21:41

Femme
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Re: Poèmes

Je viens de me rendre compte que j'ai seulement répondu à Cola en vous ignorant tous, ce n'était pas volontaire, j'ai bien aimé le poème de Heine (la traduction), je trouve ça bien qu'il n'y ait pas uniquement des poèmes de poètes français !

Je trouve celui d'Attia un peu triste, mais il est très beau aussi ! (Je suis pas douée pour commenter des poèmes...)

Et c'est marrant, mais lire un poème me gêne plus que de faire des conneries devant la caméra avec Holly à 3h du matin. big_smile


« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »
- Antoine de Saint-Exupéry

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Holly_ aime ça.

#237 16/03/2012 16:00:30

Eaujourduit
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Re: Poèmes

Je viens de finir "La solitude lumineuse" de Pablo Neruda et j'avais envie de partager une phrase ; ce n'est pas un poème, mais c'est une citation de poète qui parle de l'écriture, alors je me suis dit que cela avait sa place ici :

"L'écrivain jeune ne peut écrire sans sans ce frisson de solitude, même imaginaire, de même que l'écrivain mûr ne fera rien sans la saveur de la compagnie humaine, de la société".


"Personne par la guerre ne devient grand" [ Yoda ]

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#238 16/03/2012 18:30:50

Ojaurduit
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Re: Poèmes

Tiens, du coup j'en profite moi aussi pour partager deux des très rares poèmes dont la beauté m'a laissé peu indifférent. :-D

Le premier est Dies Irae, un poème chrétien (je ne suis pas chrétien) qui raconte plus ou moins comment ça va péter dans tous les sens quand le taulier viendra nous secouer un peu. Il est en latin par contre.

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Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favílla,
Teste David cum Sibýlla !

Quantus tremor est futúrus,
quando judex est ventúrus,
cuncta stricte discussúrus !

Tuba mirum spargens sonum
per sepúlcra regiónum,
coget omnes ante thronum.

Mors stupébit et Natúra,
cum resúrget creatúra,
judicánti responsúra.

Liber scriptus proferétur,
in quo totum continétur,
unde Mundus judicétur.

Judex ergo cum sedébit,
quidquid latet apparébit,
nil inúltum remanébit.

Quid sum miser tunc dictúrus ?
Quem patrónum rogatúrus,
cum vix justus sit secúrus ?

Rex treméndæ majestátis,
qui salvándos salvas gratis,
salva me, fons pietátis.

Recordáre, Jesu pie,
quod sum causa tuæ viæ ;
ne me perdas illa die.

Quærens me, sedísti lassus,
redemísti crucem passus,
tantus labor non sit cassus.

Juste Judex ultiónis,
donum fac remissiónis
ante diem ratiónis.

Ingemísco, tamquam reus,
culpa rubet vultus meus,
supplicánti parce Deus.

Qui Maríam absolvísti,
et latrónem exaudísti,
mihi quoque spem dedísti.

Preces meæ non sunt dignæ,
sed tu bonus fac benígne,
ne perénni cremer igne.

Inter oves locum præsta,
et ab hædis me sequéstra,
státuens in parte dextra.

Confutátis maledíctis,
flammis ácribus addíctis,
voca me cum benedíctis.

Oro supplex et acclínis,
cor contrítum quasi cinis,
gere curam mei finis.

Lacrimósa dies illa,
qua resúrget ex favílla
judicándus homo reus.

Huic ergo parce, Deus.
Pie Jesu Dómine,
dona eis réquiem. Amen

La première traduction que j'ai lue est anglaise, je n'ai jamais pris le temps de voir celle en français mais l'anglaise me plait pas mal.

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Day of wrath! O day of mourning!
See fulfilled the prophets' warning,
Heaven and earth in ashes burning!

Oh what fear man's bosom rendeth,
when from heaven the Judge descendeth,
on whose sentence all dependeth.

Wondrous sound the trumpet flingeth;
through earth's sepulchers it ringeth;
all before the throne it bringeth.

Death is struck, and nature quaking,
all creation is awaking,
to its Judge an answer making.

Lo! the book, exactly worded,
wherein all hath been recorded:
thence shall judgment be awarded.

When the Judge his seat attaineth,
and each hidden deed arraigneth,
nothing unavenged remaineth.

What shall I, frail man, be pleading?
Who for me be interceding,
when the just are mercy needing?

King of Majesty tremendous,
who dost free salvation send us,
Fount of pity, then befriend us!

Think, good Jesus, my salvation
cost thy wondrous Incarnation;
leave me not to reprobation!

Faint and weary, thou hast sought me,
on the cross of suffering bought me.
shall such grace be vainly brought me?

Righteous Judge! for sin's pollution
grant thy gift of absolution,
ere the day of retribution.

Guilty, now I pour my moaning,
all my shame with anguish owning;
spare, O God, thy suppliant groaning!

Thou the sinful woman savedst;
thou the dying thief forgavest;
and to me a hope vouchsafest.

Worthless are my prayers and sighing,
yet, good Lord, in grace complying,
rescue me from fires undying!

With thy favored sheep O place me;
nor among the goats abase me;
but to thy right hand upraise me.

While the wicked are confounded,
doomed to flames of woe unbounded
call me with thy saints surrounded.

Low I kneel, with heart submission,
see, like ashes, my contrition;
help me in my last condition.


Ah! that day of tears and mourning!
From the dust of earth returning
man for judgment must prepare him;
Spare, O God, in mercy spare him!

Lord, all pitying, Jesus blest,
grant them thine eternal rest. Amen.

Je trouve que c'est également assez agréable pour l'oreille, plusieurs versions en GC ont été réalises, j'en propose une (Identifiez-vous pour voir le lien) que j'aime bien.
L'auteur de cette oeuvre est inconnu.

En voici une autre, mais on doit celle-ci à Tolkien. C'est un poème de Galadriel, donc écrit en Quenya.

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Ai ! laurië lantar lassi súrinen,
Yéni únótimë ve rámar aldaron !
Yéni ve lintë yuldar avánier
Mi oromardi lissë-miruvóreva
Andúnë pella, Vardo tellumar
Nu luini yassen tintilar i eleni
Omaryo airetári-lírinen.
Sí man i yulma nin enquantuva ?

An sí Tintallë Varda Oiolossëo
Ve fanyar máryat Elentári ortanë
Ar ilyë tier undulávë lumbulë
Ar sindanóriello caita mornië
I falmalinnar imbë met,
Ar hísië untúpa Calaciryo míri oialë.
Sí vanwa ná, Rómello vanwa, Valimar !

Namárië ! Nai hiruvalyë Valimar !
Nai elyë hiruva ! Namárië !

Et en voici la traduction anglaise.

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Ah ! like gold fall the leaves in the wind,
Long years numberless as the wings of trees !
The long years have passed like swift draughts
Of the sweet mead in lofty halls
Beyond the West, beneath the blue vaults of Varda
Wherein the stars tremble
In the voice of her song, holy and queenly.
Who now shall refill the cup for me ?

For now the Kindler, Varda, the Queen of the stars,
From Mount Everwhite has uplifted her hands like clouds
And all paths are drowned deep in shadow;
And out of a grey country darkness lies
On the foaming waves between us,
And mist covers the jewels of Calacirya for ever.
Now lost, lost to those of the East is Valimar !

Farewell ! Maybe thou shalt find Valimar !
Maybe even thou shalt find it ! Farewell !


Dans le genre il y a également The Misty Mountains Cold, qui est de loin plus épique, mais pas aussi beau. :-)

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cola, attia669 aiment ça.

#239 17/03/2012 14:15:30

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Re: Poèmes

Kalouty : j'aime beaucoup ce chant, je pourrais l'écouter des heures, mais permets-moi de proposer une version de cette séquence avec une meilleure prononciation du latin (Identifiez-vous pour voir le lien), qui rend toute sa splendeur à ce chant.

Dernière modification par i_love_latin (17/03/2012 14:16:16)

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#240 27/04/2012 19:36:55

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Re: Poèmes

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
— Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal


« Odi profanum vulgus et arceo. » Horace

Pentapharmakon : 1. Caute / 2. Nihil admirari / 3. Sapere aude / 4. Festina lente / 5. Memento vivere

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#241 11/05/2012 15:58:31

Aujourduit
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Re: Poèmes

A little black thing among the snow :
Crying weep, weep, in notes of woe !
Where are thy father and mother ? Say !
They are both gone up to the chuch to pray.

Because I was happy upon the heath,
And smil'd among the winter's snow,
They clothed me in the clothes of death,
And taught me to sing the notes of woe.

And because I am happy, and dance and sing,
They think they have done me no injury:
And are gone to praise God and his Priest and King
Who make up a heaven of our misery.

William Blake (1757-1827)
Songs of Innocence and of Experience
Shewing the Two Contrary States of the Human Soul,
1789-1794

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Kalouty aime ça.

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