Ma vie c'est de la merde, et je vous emmerde sur un forum


Je souhaite partager avec vous un nouvel article de Pierre Jourde, concernant la réforme et l'avenir des Université. Le constat est sombre. A noter que les liens à l'intérieur de l'article apportent des éléments intéressants. Je vous laisse juger :
La fausse autonomie universitaire
L’UMP ne cesse de se gargariser de la réforme des universités, paraît-il l’une des «grandes réussites» du mandat Sarkozy. Il y a même des gens «de gauche» pour s’en féliciter, comme l’économiste Bernard Maris. Dans Le Monde du 17 janvier dernier (Identifiez-vous pour voir le lien), Alain Caillé et Marcel Gauchet rappelaient à quel point cette «autonomie» est un trompe-l’œil, et une énième réforme cache-misère pour une université en voie de ruine complète. Il suffit de vivre l’université de l’intérieur pour se rendre compte à quel point tout le monde est désormais désabusé.
Or on ne peut pas bien faire fonctionner une institution avec des gens que l’on a dégoûtés. Et s’ils sont écœurés, c’est pour deux raisons: Non seulement parce que l’institution ne cesse de se dégrader, pour les étudiants comme pour les enseignants, les personnels, le fonctionnement de la recherche, mais aussi parce que la propagande du gouvernement, relayée par des journalistes qui le plus souvent ignorent tout de l’université, a réussi à faire croire qu’il avait profondément amélioré le système. Alain Caillé et Marcel Gauchet font là-dessus des remarques essentielles. Je les résume en ajoutant quelques détails de mon cru.
Ils partent de cette dernière preuve flagrante d’«autonomie» que j'ai déjà évoquée: décidé à obtenir à tout prix de bons chiffres de réussite, le ministère, comme d’habitude, préfère trafiquer le thermomètre plutôt que de soigner le malade. Après toutes sortes de contorsions allant dans ce sens, dernière trouvaille, il impose désormais aux universités, dans la notation des étudiants, une compensation générale entre semestres. Autrement dit on fait un paquet avec les notes et une moyenne générale.
Première remarque : c’est enlever toute signification à une semestrialisation des études, qu’on nous a imposée il y a quelques années. Le système, à force de surajouter des réformes, finit par se contredire. C’est n’importe quoi. Semestrialisation des examens, globalisation des résultats.
Deuxième remarque : c’est bien la preuve que cette autonomie est fausse, puisque le ministère ne cesse d’imposer toutes sortes de normes et de diktats aux universités qu’il prétend autonomes. La réalité de la belle «autonomie» est la suivante: l’état se défausse sur les universités de la pénurie financière. Il leur impose en revanche des obligations quant à leurs diplômes, et leur interdit de choisir leurs étudiants, contrairement aux grandes écoles. Concurrence déloyale. Les meilleurs étudiants se jettent sur les filières sélectives ET professionnalisantes, ce qui va ensemble, ça paraît assez évident. Constat dressé il y a deux ans dans le texte de la pétition «Refonder l’université (Identifiez-vous pour voir le lien)»:
«Le processus engagé depuis déjà plusieurs décennies ne conduit pas à la réforme de l'Université française, mais à son contournement. (...) Une des principales raisons du marasme de l'Université française est qu'elle se trouve en situation de concurrence déloyale avec tout le reste du système d'enseignement supérieur (classes préparatoires et de BTS, IUT, écoles de tous types et de tous niveaux), toutes institutions en général mieux dotées per capita et davantage maîtresses du recrutement de leur public. On touche là à un des non-dits récurrents de toutes les réformes qui se sont succédé en France.»
Troisième remarque : cette mesure permet à certains étudiants d’obtenir leur année avec de mauvaises notes dans les matières fondamentales, mais en revanche d’excellentes notes en sport ou options diverses, puisque l’état interdit également d’exiger un minimum dans les fondamentaux (les matières littéraires si vous êtes étudiant en lettres), Caillé et Gauchet résument parfaitement cette escroquerie de «l’autonomie»:
« Ne serait-il pas temps de comprendre que les universités ne sont pas "responsables" du taux d’échec dans leur premier cycle? Qu’on ne peut leur demander tout à la fois d’accueillir tout le public refusé ailleurs et de diplômer celui-ci? La population étudiante issue de baccalauréats professionnels, dont le taux d’échec en premier cycle universitaire avoisine les 90%, ne cesse d’augmenter. Faut-il rappeler que ces baccalauréats n’ont pas été conçus pour la poursuite d’études supérieures longues, et qu’il est donc insensé, au sens premier du terme, de reprocher à l’université de ne pas parvenir à diplômer tous ses lauréats? La sélection, absente à l’entrée de l’université, se réalise dans le cours des cursus, et l’injustice se trouve bien en amont des seules procédures d’examen. Si l’on veut réduire le taux d’échec universitaire, il faut repenser l’ensemble de l’enseignement supérieur, et notamment son premier cycle, et cesser de le dévaloriser aux yeux de nos étudiants et de nos personnels. Sous prétexte que les diplômes sont et doivent rester nationaux, le ministère continue de définir leurs modalités d’accès avec une ingérence sans équivalent dans les pays auxquels on s’ingénie à comparer sans cesse l’université française.»
Pour ce qui est de la pénurie, elle est toujours là, et plus que jamais. Locaux trop souvent indécents, crasseux, pas de bureaux, manque de salles endémique, pas d’équipements collectifs, pas de bibliothèques sérieuses, pas de logement étudiant, pas même de restau u parfois (c’est le cas là où j’enseigne), pas d’argent pour la recherche, des intervenants extérieurs rétribués une misère, défrayés six mois après leur déplacement, et j’en passe.
En ce qui concerne le recrutement, l’«autonomie» a aggravé le mal endémique de l’université française, le népotisme local. Par ailleurs, d’autres maladies ne font que s’accroître: la pénurie de postes de titulaires qualifiés, le recours toujours plus important, pour faire des économies sur les salaires, à des chargés de cours venus de l’extérieur, ou à des professeurs agrégés qui font un double service et croulent sous les copies, pour un salaire moindre. Ajoutons à cela une administration centrale toujours plus tatillonne, pondant sans cesse des textes, exigeant des retours, multipliant les contrôles, de sorte que la prétendue autonomie recouvre en réalité un système soviétique hyper centralisé et hyper bureaucratisé. On comprendra alors, en fait de réforme réussie, le sentiment qui devient courant parmi mes collègues: la fac, c’est terminé. Ils ont réussi à avoir sa peau. Constat dressé il y a deux ans par «Refonder l’université»: «Il est désormais évident que l'Université française n'est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l'agonie.»
Lien vers l'article : ici (Identifiez-vous pour voir le lien).
Dernière modification par Antistène_Ocyroé (31/01/2012 11:52:09)
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J'ai pas tout compris : d'une part ils disent que la globalisation des notes permet de réussir plus facilement, et d'autre part que comme il n'y a pas de sélection à l'entrée, 90% des L1 ne passent pas en L2. Mais alors quel est le problème ? Que la barre soit baissée ? Mais ils disent quand même qu'il y en a beaucoup trop qui ratent le passage en 2e année. Qu'en 1e année il y ait des gens qui n'ont rien à faire là ? De toute façon il vont partir à la fin de l'année. Que la 1e année soit du gâchis alors ? Mais ceux qui veulent travailler travaillent non ? Ou alors c'est le truc des universitaires qui sont dégoûtés ? Mais s'il y en a 90% qui sont éjectés dès la 1e année, ce dégoût concerne seulement celle-ci ?
(Je dois poser des questions un peu bêtes mais j'y connais pas grand chose à l'université)
Enfin tout ce que je connais c'est à propos de la fac de médecine, surtout la 1e année puisque ma sœur en a fait une. Et je ne comprenais pas pourquoi ils prenaient aussi peu d'étudiants à l'issue de la P1, tout en se plaignant que ceux-ci étaient toujours aussi nuls, tout en en refusant plein qui avaient été bons jusqu'à la Terminale et qui bossaient à fond en P1, ce qui pour moi voulait quand même dire qu'ils étaient un minimum doués. Bref je trouvais ça peu logique. Ma sœur parlait beaucoup d'injustice, à cause des conditions du concours etc... Pourquoi ça se passe comme ça alors ?
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Anti: C'est vrai que l'"autonomie" des universités, facultés et autres et mise à mal.
Anti' a écrit :
Première remarque : c’est enlever toute signification à une semestrialisation des études, qu’on nous a imposée il y a quelques années. Le système, à force de surajouter des réformes, finit par se contredire. C’est n’importe quoi. Semestrialisation des examens, globalisation des résultats.
Sur ce point, j'avoue que cela deviens du grand n'importe quoi... Même s'il devient de plus en plus simple d'avoir son année, une grande partie des personnes étudiantes arrivent l'année suivante dans un même domaine sans pour autant avoir assimilé les bases nécessaire vues l'année précédente. Comme dit dans la 3ème remarque, ils ont eu leur année grâce à des matières que je qualifierai de "support" (sport, (bien qu'en faire ne nous fasse que du bien), et autres matières ne se concentrant pas sur la base de la formation...). Cela ne va pas vraiment aider ces élèves qui seront perdus l'année suivante et qui auront également perdu 1an car la plupart échoueront. Et un autre des risques, c'est la démotivation pure et simple d'un de ces élèves des études dans leur généralité, alors qu'il y aurait pu y avoir un domaine plus passionnant pour lui dans lequel il aurait pu réussir.
Anti' qui cite P. JOURDE a écrit :
Deuxième remarque : c’est bien la preuve que cette autonomie est fausse, puisque le ministère ne cesse d’imposer toutes sortes de normes et de diktats aux universités qu’il prétend autonomes. La réalité de la belle «autonomie» est la suivante: l’état se défausse sur les universités de la pénurie financière. Il leur impose en revanche des obligations quant à leurs diplômes, et leur interdit de choisir leurs étudiants, contrairement aux grandes écoles. Concurrence déloyale. Les meilleurs étudiants se jettent sur les filières sélectives ET professionnalisantes, ce qui va ensemble, ça paraît assez évident. Constat dressé il y a deux ans dans le texte de la pétition «Refonder l’université»:
Il n'y a clairement pas d'autonomie. Exemple flagrant : Sur Aix, il y a pour l'instant 3 universités distinctes les unes des autres, mais il est prévu pour l'année scolaire prochaine que ces universités soient regroupées en une seule université. (Ainsi, adieu Université d'Aix-Marseille 1, adieu Université d'Aix-Marseille 2, adieu Université d'Aix-Marseille 3 et bonjour Aix université.) Pourquoi cela : Pour des raisons financières évidemment. (Qui dit plus grand, dit plus de poids et donc, plus de subventions...).
Là où je ne suis pas trop d'accord, c'est la phrase : "L’état se défausse sur les universités de la pénurie financière. Il leur impose en revanche des obligations quant à leurs diplômes, [...] et leur interdit de choisir leurs étudiants, contrairement aux grandes écoles."
Certes, l'Etat oblige les universités à avoir un nombre minimum d'étudiants dans les formations publiques, mais il n'empêche pas le choix des étudiants. elles choisissent leur étudiant, mais il est vrai, d'autre part, que pour que cette formation reste dans une université, il comble les places restantes avec des personnes qui vont avoir du mal pour la plupart dans ces études, ou en prenne plus plus que nécessaires simplement pour renflouer leur trésorerie au détriment du bien-être futur des étudiants.
Astia: Je ne saurais répondre à ta question.
Désolé.
Dernière modification par minibenwallace (01/02/2012 11:11:57)
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